À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, il est intéressant de s’interroger sur l’inégalité de santé entre hommes et femmes. Sujet toujours d’actualité en 2025. De nombreux travaux et études attestent de cette différence persistante entre les deux sexes. Quels sont les constats et les principales actions à mener pour parvenir à une égalité des soins ? Tour d’horizon.
Des combats depuis 50 ans pour acquérir des droits
L’année 2025 marque les 50 ans de la loi Veil qui a autorisé l’avortement. La liberté pour les femmes de recourir à l’IVG (interruption volontaire de grossesse) a été renforcée dernièrement, le 8 mars 2024 avec l’inscription dans la Constitution française.
À côté de cette reconnaissance des femmes françaises à disposer de leur corps, l’histoire de la santé des femmes est jalonnée de plusieurs étapes importantes :
• 1982 : le remboursement de l’avortement par la Sécurité sociale est instauré ;
• 1994 : les premières lois de bioéthique, encadrant notamment la PMA (procréation médicalement assistée) ;
• 2004 : le programme national de dépistage du cancer du sein généralisé pour les femmes entre 50 et 74 ans ;
• 2021 : le remboursement intégral de la contraception pour les moins de 25 ans ;
• 2023 : l’endométriose est reconnue comme une affection de longue durée (ALD).
En revanche, Santé publique France rappelle que les inégalités de santé sont persistantes entre les hommes et les femmes.
Des habitudes de vie qui se masculinisent
Les femmes ont adopté des comportements qui étaient auparavant réservés aux hommes. Ainsi, le tabagisme, l’alcoolisme et le déséquilibre alimentaire ne sont pas l’apanage du genre masculin. Ils ont aussi des effets sur la santé des femmes.
Le tabagisme, des conséquences plus lourdes que pour les hommes
Les femmes ont longtemps moins consommé de tabac que les hommes. En 1953, elles n’étaient que 9 % à se déclarer fumeuses régulières contre 72 % pour les hommes. Le nombre de cigarettes fumées quotidiennement était aussi très différent : 11 pour les hommes fumeurs et 4 pour les femmes. L’écart s'est resserré au fil des années, avec un pourcentage de femmes fumeuses qui a atteint 22 % et 30 % pour les hommes en 2003. Le nombre de cigarettes consommé est pratiquement le même : 13 et 14.
Or, cette égalité dans la consommation du tabac entraîne des conséquences bien plus graves pour les femmes. À tabagisme égale, l’impact cardio-vasculaire est plus marqué pour les femmes, par exemple, comme les formes plus sévères de BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive).
Enfin, si le nombre des cancers du poumon est en chute pour les hommes, il est en forte hausse pour les femmes.
« En effet, le cancer du poumon a augmenté de 71 % chez les femmes entre 2000 et 2014 – il a baissé de 15 % chez les hommes en France » nous apprend une étude du comité national contre le tabagisme. Entre 2000 et 2015, le nombre de décès attribuables au tabac a doublé chez les femmes, passant d’environ 8 000 (3,1% de tous les décès chez la femme à près de 20 000 décès (6,9%).
Le taux de mortalité des femmes, entre 55 et 74 ans, touchées par ce type de cancer est supérieur au taux du cancer du sein. Des risques accrus existent également pour le cancer du col de l’utérus.
Tous ces chiffres sont alarmants : une étude cohorte de prospective Cascade a été lancée. Les participantes bénéficient d’un sevrage tabagique et de la détection de plusieurs pathologies : le cancer du poumon mais aussi de la pathologie coronarienne et de l’ostéoporose.
L’alcoolisme et la santé des femmes
Selon l’Inserm, la consommation d’alcool « contribue de façon directe ou indirecte à 11 % des décès masculins et 4 % des décès féminins. » Une étude britannique portant sur 28 000 femmes atteintes d’un cancer montre que chaque verre d’alcool consommé quotidiennement est associé à une augmentation de 12 % du risque du cancer du sein.
Des maladies cardio-vasculaires en hausse
C’est un chiffre que l’on ne connaît pas toujours mais, chaque année, plus de femmes meurent d’une maladie cardio-vasculaire que d’un cancer (75 000 vs 67 800). La raison est une moins bonne prise en charge que les hommes. Or, 80 % des accidents cardio-vasculaires pourraient être évités avec un suivi médical régulier et une meilleure hygiène de vie.
Dans le domaine médical et dans la recherche de ce type de pathologie, les femmes ont été souvent oubliées : elles doivent mieux connaître les symptômes d’un infarctus pour une prise en charge plus rapide. Les signes sont très différents de ceux des hommes et ne sont pas connus. La douleur est dorsale pour la femme alors qu’elle est thoracique pour l’homme, par exemple.
Des études spécifiques pour les maladies féminines
Récemment, le magazine Forbes a publié un article sur l’économie liée à la santé des femmes et plus particulièrement le coût de la ménopause. Les chiffres sont particulièrement impressionnants puisque les seuls symptômes vasomoteurs (les bouffées de chaleur ou sueurs nocturnes) sont évalués à 810 milliards de dollars par an, dans le monde. Ce que l’on appelle les Femtech (les technologies consacrées au domaine féminin) se sont emparées du sujet et l’on peut parier que cela va améliorer la prise en charge de la santé des femmes.
Comprendre les maladies spécifiques aux femmes
Pour mieux traiter les pathologies spécifiquement féminines, des enquêtes concernant les femmes sont de plus en plus demandées par les organisations féminines. C’est le sens d’un collectif créé sous l’égide de la Fédération hospitalière de France (FHF). À l’occasion des 50 ans de la loi Veil et dans le contexte du procès de Mazan, il est important, selon cette organisation, de poursuivre la lutte pour les droits des femmes en santé.
Il s’agit en particulier :
• De renforcer le dépistage des pathologies gynécologiques et des symptômes spécifiques aux maladies cardiovasculaires des femmes ;
• De permettre aux femmes de bénéficier de l’excellence de la recherche française en santé ;
• De prendre en compte les univers professionnels où les femmes demeurent souvent ignorées.
« L’égalité n’est pas l’ignorance des différences, au contraire : elle exige aussi un traitement différencié face à des situations objectivement différentes, comme c’est le cas en matière de santé ».
Améliorer l’accès aux soins pour les femmes
Les Françaises, selon une enquête du CSA menée en 2024, placent la santé de leur famille et de leurs proches avant leur propre bien-être. 90 % se considèrent en bonne forme alors qu’un quart d’entre elles présentent des pathologies graves ou moyennement graves.
Elles sont tout de même lucides, puisque 70 % considèrent que leur état de santé entraîne des conséquences sur leur vie en général. Et en particulier la pratique d’une activité physique régulière.
Pour améliorer la prise en charge des patientes, il faudrait :
• Plus de professionnels de santé car les femmes sont de plus en plus nombreuses à estimer que le manque de médecins impacte leur santé ;
• Que les traitements proposés soient plus efficaces, surtout pour la rhumatologie, la neurologie ou encore la santé mentale ;
• Une meilleure écoute de la part des professionnels de santé.
De plus, 44 % des femmes considèrent que la société ne se préoccupe pas assez de leur santé. Il y a encore une marge de progression importante.