« L’art est une garantie de santé mentale », disait l’artiste plasticienne Louise Bourgeois. Ce constat est corrélé par de nombreuses études, dont celle de l’OMS en 2023, qui mentionne même l’art comme « un complément du traitement et de prévention des maladies non transmissibles ». Comment cette pratique est intégrée par le personnel médical dans les établissements hospitaliers en France ? Voici quelques exemples significatifs de la prise en compte de cette expérience dans les soins médicaux.
L’art contemporain sur ordonnance à Montpellier
« S’engager dans des activités culturelles, comme une activité physique permet de diminuer la mortalité prématurée, de prévenir la dépression et d’améliorer le bien-être » indique le Professeur Philippe Courtet, psychiatre et responsable du service urgence et post urgences psychiatriques au CHU de Montpellier.
Depuis 2022, ce spécialiste de la santé mentale participe à un projet pilote avec le MO.CO (Montpellier Contemporain), un centre d’art contemporain situé au cœur de la ville. La coopération entre les deux établissements consiste à accueillir des patients qui ont reçu une ordonnance leur prescrivant de l’art.
Il s’agit essentiellement de personnes atteintes de dépression, certaines avec des épisodes suicidaires. Elles participent à un programme constitué d’ateliers menés par des artistes professionnels. Les patients découvrent leur créativité et échangent autour d’un projet : ils créent des liens sociaux et s’enrichissent de ces nouvelles expériences. Les pratiques ne concernent pas un seul champ culturel : une artiste plasticienne, ainsi qu’une chorégraphe, a pu intervenir lors de ces sessions qui durent entre 1 et 3 mois.
La particularité de cette expérience tient aussi à un binôme créé par un interne en psychiatrie et un étudiant de l’École des Beaux-Arts de Montpellier (intégré à l’écosystème MO.CO). La présence de ces deux observateurs permet de rendre compte du projet au fil des semaines, tant au niveau artistique que scientifique.
« On ouvre une fenêtre [aux participants] pour leur montrer qu’un autre horizon est possible. Et cela fonctionne ! » rapporte la danseuse Anne Lopez.
L’amélioration du bien-être des patients a aussi été remarquée par l’équipe soignante. La pratique d’une activité artistique agit comme « un tremplin existentiel » selon le Dr Courtet. Les malades retrouvent de la motivation et développent des compétences créatives et sociales dont ils pourront ensuite se servir, dans leur vie « normale ».
La prescription muséale à Rennes
C’est de Montréal que vient cette très bonne initiative. Le musée des beaux-arts de la ville encourage les patients à prendre soin d’eux par la culture, grâce à une prescription d’un médecin traitant. La ville de Rennes a repris cette idée : la « prescription muséale » permet à des patients de participer gratuitement à des activités culturelles dans des musées ou des lieux partenaires. Un livret leur indique les différentes possibilités de « soins ». Parce que ces propositions font partie d’une démarche volontaire : il peut s’agir d’inciter des mères débordées à prendre du temps pour elles, ou de proposer à une famille de passer un moment ensemble.
Devant le succès de ce dispositif, la ville pense élargir le programme à d’autres partenaires. L’art reste une option de traitement sans risque et non invasif, en complément des traitements classiques.
L’intérêt de l’art lors des soins hospitaliers
De nombreuses publications démontrent les bienfaits d’une activité culturelle pour le patient. Mais qu’en est-il des bénéfices de cette pratique pour le travail du personnel soignant ? Les avantages sont réels, surtout au moment des soins, qui sont parfois douloureux.
La réduction du stress et de la douleur
Le séjour au sein d’un établissement de soins est toujours angoissant. Lorsque les patients sont en présence d’œuvres d’art, ils ressentent moins d’anxiété et de tension. Ils se détendent au contact de couleurs, des formes d’un tableau ou d’une sculpture. Cette distraction est aussi bénéfique pour détourner leur attention des soins et de leur douleur.
La stimulation émotionnelle et cognitive favorise le rétablissement des patients
Un malade au contact d’une peinture ou d’une sculpture ressent des émotions. La stimulation émotionnelle et cognitive est très intéressante pour que le patient se reconnecte avec ses souvenirs et ses sentiments. C’est bénéfique pour les rééducations lourdes et aussi pour les personnes souffrant de maladies chroniques. Elles retrouvent le moral et l’énergie pour continuer leur traitement.
Une meilleure relation patient/soignant grâce à un environnement artistique
L’art est un véritable atout pour améliorer les relations entre les patients et les soignants. Les discussions autour d’une œuvre d’art participent à créer des rapports plus humains, en dehors des soins. Cela renforce aussi les liens, surtout lors de longs séjours. Les malades ne sont pas les seuls à profiter de la présence de peintures ou de sculptures : les soignants comme les accompagnants bénéficient d’un cadre agréable.
Un cadre apaisé
Les œuvres d’art installées dans les services hospitaliers offrent un environnement différent pour les soignants, faisant oublier un instant qu’ils travaillent dans un hôpital. Il est possible d’y trouver un certain réconfort et de méditer un instant, pendant une pause. Les proches des patients, souvent présents dans les établissements hospitaliers peuvent aussi profiter de ces lieux propices à la contemplation. Un moyen de prendre du recul par rapport à la situation et de trouver une sorte de sérénité.